Pulvérisation par un tracteur de pesticides dans un champs de blé

Un rapport accablant sur les pesticides en 2022

Les pesticides sont un sujet qui nous préoccupe tous, car il touche l’alimentation. C’est un sujet sous tension d’un point de vue social, écologique, politique et économique. Depuis 2020, une étude sur le long terme a eu pour ambition de clarifier les impacts de ces pesticides sur les écosystèmes et sur le vivant. Les résultats de ces deux ans de recherche ont été publiés le 5 mai 2022.

Résultat : l’impact de ces pesticides sur l’environnement est confirmé, comme nous allons le voir en détail.

L’étude en question : deux ans de recherche autour des pesticides 

L’usage des pesticides dans le monde agricole est une question épineuse entre impacts sur l’environnement et capacité du milieu agricole à répondre aux besoins de la planète. Dans ce sens, une étude de longue haleine a été commandée par trois ministères à l’Inrae et Ifremer pour qu’elle s’intègre dans Ecophyto II + : le Ministère de l’Agriculture, le Ministère de la Transition Écologique et le Ministère de la Recherche.

Ecophyto II + est un plan du gouvernement, dans la mouvance du respect de la directive UE 2009/128/CE, autour de la réduction des produits phytopharmaceutiques et de la sortie du glyphosate. La recherche a donc été commandée pour disposer de données scientifiques dans le sens de ce plan.

Cette recherche a duré 2 ans avec près d’une cinquantaine d’experts. Elle a pris la forme d’une expertise scientifique collective, c’est-à-dire « un état de l’art des connaissances scientifiques à date sur un sujet de société donnée, commandité par les acteurs publics, en appui à la décision publique. » L’objectif de ces deux ans de travail acharné était donc principalement de réaliser une synthèse de toutes les connaissances disponibles en France et dans le monde autour des produits phytopharmaceutiques et autour de leur impact sur le vivant et les écosystèmes.

Ce rassemblement de connaissances permettra alors d’éclaircir la situation, de rendre plus parlantes les données et ainsi d’offrir aux décideurs politiques une expertise solide et complète pour agir. Et donc, que donnent comme synthèse ces deux années d’expertise ?

Les pesticides ont bien un impact sur l’environnement

Le communiqué de presse de l’équipe en charge de cette étude est clair : « les conclusions de cette expertise confirment que l’ensemble des milieux terrestres, aquatiques et marins ; notamment côtiers ; sont contaminés par les produits phytopharmaceutiques. » Les milieux sont donc impactés, tout comme les écosystèmes et le vivant terrestre, aquatique et marin. De plus, tous ces éléments sont impactés de manière directe et indirecte, même si la contamination en produit interdit depuis quelques années diminue fort heureusement.

Si la contamination a bien été confirmée et mise en évidence, les travaux apportent aussi quelques zones d’ombre à éclaircir. La recherche a mis en lumière une nécessité de meilleure quantification des impacts sur l’environnement, de meilleures connaissances sur les impacts sur la biodiversité ultra-marine et marine et sur les effets cocktail.

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Un impact total des pesticides

Que ce soit de manière directe ou indirecte, les pesticides impactent donc :

  • Les milieux, les écosystèmes et les services qu’ils rendent à la société et à la biodiversité ;
  • Les organismes vivants, qu’ils soient ciblés ou non par l’usage du pesticide.

Côté milieu et écosystème, l’impact et la contamination ont pu être chiffrés de manière précise grâce à l’évolution des substances recherchées et des capacités de mise en évidence, d’analyse et d’échantillonnage. Cette précision a permis de mettre en évidence une contamination globale de tous les milieux, avec « une large contamination des écosystèmes par les produits phytopharmaceutiques dans les espaces agricoles, dans les sols, les petits cours d’eau et l’air, là où ils sont majoritairement appliqués. » Malgré tout, les zones autour des parcelles agricoles, parfois à des milliers de kilomètres et même dans des zones de grands froids, sont aussi contaminées comme les milieux aquatiques et les sédiments. Nous retrouvons des produits interdits aujourd’hui qui sont encore présents dans des zones périphériques, comme marqueurs des utilisations passées.

Dans ce sens, la contamination des écosystèmes et des organismes vivants dans leurs étroites relations entraîne une fragilisation de la biodiversité et des services écosystémiques. Par exemple, les produits phytopharmaceutiques utilisés dans les terres agricoles sont directement liés à la chute des populations d’invertébrés terrestres et aquatiques comme les pollinisateurs. Ces éléments indispensables du vivant sont impactés directement par les produits, mais aussi directement, car ces derniers viennent altérer leurs ressources alimentaires et leurs habitats.

Finalement, tous ces impacts viennent porter les produits phytopharmaceutiques comme un « facteur aggravant de l’état de santé des écosystèmes, classés au 4ème rang des facteurs aggravants directs […] devant les espèces exotiques envahissantes » et derrière « la modification de l’utilisation des terres et des mers, l’exploitation directe des organismes et le changement climatique. »

Les leviers comme atténuation des impacts

L’étude n’a pas uniquement mis en lumière les problèmes, mais elle a aussi soulevé des leviers efficaces afin de limiter la contamination et ses impacts « tout en garantissant la protection des récoltes » comme des leviers « liés à la réglementation, aux pratiques d’utilisation des produits et à la structure des paysages agricoles. »

D’une part, la législation a été reconnue comme un levier alors qu’aujourd’hui, cette dernière présente des limites. Cette réglementation UE « ne prend pas suffisamment la complexité des effets sur la biodiversité et sous-estime l’effet cocktail des substances qui se mélangent et se cumulent dans l’environnement, ainsi que leurs effets indirects. »

D’autre part, la notion de surveillance et de monitoring est indispensable afin de disposer constamment de données à étudier et à prendre en compte pour cette « phytopharmacovigilance. »

Enfin, deux éléments importants ont été portés en lumière comme leviers jouant sur les impacts des produits utilisés sur l’environnement : les modes d’utilisation des produits et le contexte paysager du lieu où les produits sont utilisés.

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